17 juin 1944 : indépendance de l'Islande

1/ 1400-1800 Pauvreté extrème

L'Islande a été un état libre jusqu'en 1262, où elle a été placée sous l'autorité du roi de Norvège. L'Islande passe sous domination danoise en 1380, lorsque les couronnes des deux royaumes de Norvège et Danemark s'unissent. Dans les siècles qui suivent, l'Islande sombre dans la pauvreté jusqu'au milieu du XIXe siècle lorsque le mouvement d'indépendance se constitue.

2/ Ancrage collectif culturel

Le mouvement indépendantiste islandais ne se développe qu'à partir du milieu du XIXe siècle. L'Europe est alors dominée par le nationalisme romantique qui prône des valeurs d'identité nationale. Au Danemark comme dans le reste de la Scandinavie, cette identité nationale se forge autour de l'héritage historique qui est connu principalement grâce aux textes médiévaux islandais (en particulier les sagas) et la langue islandaise est perçue comme la langue nordique originelle (le vieux norrois). Ce nationalisme romantique est apporté en Islande vers 1830 par les universitaires islandais ayant étudié au Danemark et contribue à faire émerger une conscience nationale en Islande. L'un d'entre eux est Jón Sigurðsson, qui étudia entre autres la philologie et l'histoire. Passionné par les sagas, il prend très vite la tête du mouvement indépendantiste islandais.

Les sagas deviennent un symbole de l'âge d'or de l'Islande, reflétant l'image d'un pays indépendant et important à l'échelle scandinave. Elles donnent le sentiment que le pays s'est appauvri et que retrouver l'indépendance est la condition nécessaire pour revenir à cet âge d'or. Þingvellir, qui était tombé dans l'oubli depuis le déménagement de l'Althing en 1798, devient le symbole de l'unité et de l'identité islandaises. Les artistes s'engagent dans l'indépendantisme islandais.

Ce mouvement trouve rapidement écho dans la population islandaise. Les raisons sont diverses et leur relative importance est débattue.

La lutte pour l'indépendance se fait pacifiquement, et les revendications sont présentées aux hommes politiques danois par des moyens légaux. Elle ne se constitue pas au départ comme un mouvement politique organisé mais en tant que sujet politique majeur en Islande. L'indépendantisme est soutenu par plusieurs journaux locaux.

3/ Choix de la modernité

La première grande victoire des nationalistes est la refondation de l'Althing en tant qu'assemblée consultative par le roi Christian VIII de Danemark en 1843. La localisation du nouvel Althing a été sujette à controverse, reflet du débat entre deux tendances dans la lutte pour l'indépendance. Un groupe important souhaitait revenir à l'Islande traditionnelle, celle de l'âge d'or, et désirait en particulier rétablir le parlement à Þingvellir. L'autre groupe défendait une vision plus moderne et urbanisée du pays, et militait donc pour installer l'assemblée à Reykjavik. Ce dernier s'impose et le parlement se réunit à partir de 1845 à Reykjavik; Jón Sigurðsson en est l'un des premiers députés. Þingvellir devient cependant une place centrale dans le mouvement pour l'indépendance, avec en particulier des rassemblements pour planifier le mouvement. Lors du premier rassemblement en 1848, une pétition demandant au roi de restaurer les droits de l'Assemblée nationale islandaise est signée. 25 rassemblements de ce type se sont tenus à Þingvellir jusqu'en 1907.

4/ Le mouvement indépendantiste profite d'un mouvement global

En 1849, dans le cadre du Printemps des peuples, le nouveau roi de Danemark Frédéric VII accorde une constitution à son pays, mettant ainsi fin à l'absolutisme. Jón Sigurðsson avance alors, dans un article de Ný félagsrit, que le statut de l'Islande au sein de la nouvelle monarchie constitutionnelle danoise doit être choisi par les Islandais. Il considère que l'abolition de l'absolutisme accepté par l'Islande en 1662 rend à l'île le statut que lui avait donné le Vieux Pacte de 1262, c'est-à-dire une entité politique sous l'autorité directe du roi et non de l'État. Se basant sur ce raisonnement, Jón Sigurðsson propose la mise en place d'un parlement qui détiendrait le pouvoir législatif en Islande, ainsi que d'un gouvernement de quatre personnes dont les membres siégeraient chacun à leur tour à Copenhague. Le roi accepte que les Islandais participent aux décisions quant au statut de l'île au sein de la monarchie danoise. Ainsi, pendant l'été 1851, une Assemblée nationale (en islandais : Þjóðfundur) se réunit à Reykjavik pour déterminer la manière dont l'Islande peut se gouverner elle-même. L'Assemblée n'est pas opposée à l'union entre le Danemark et l'Islande, mais elle réclame une autonomie et un parlement doté des pouvoirs législatif et fiscal. Le 6 août, l'Assemblée propose un projet de Constitution faisant de l'Islande un pays quasiment indépendant de l'autorité danoise. Cependant, sur décision du roi, le 9, le gouverneur Jørgen Ditlev Trampe dissout l'Assemblée. Selon le rapport officiel de la réunion, en soutien à Jón Sigurðsson qui dénonçait ce qu'il considérait comme un acte illégal, les députés se levèrent tous et déclarèrent : Vér mótmælum allir! (« Nous protestons tous ! »).

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5/ Desserrement de l'exploitation par l'impôt

En 1855, le monopole commercial des Danois est formellement aboli en Islande : à partir de cette date, les Islandais peuvent donc commercer librement avec les étrangers. Avec ce changement, l'intérêt du Danemark pour l'Islande diminue. En effet, le pays dépense plus pour l'île que celle-ci ne lui rapporte par les taxes.

En 1865, le gouverneur Hilmar Finsen propose un projet d'autonomie pour l'Islande. Tout en demeurant une possession danoise, elle bénéficierait d'une Assemblée qui détiendrait le pouvoir législatif, ainsi que d'une administration interne. Ce projet est approuvé par l'Althing non sans de nombreux amendements, mais il est ensuite rejeté par le Rigsdag

Le 2 janvier 1871, le roi de Danemark Christian IX promulgue la « loi sur le statut de l'Islande », en dépit de l'opposition de l'Althing. La loi fait de l'Islande un pays inséparable de la monarchie danoise, mais lui accorde des droits spéciaux. À la suite de l'adoption de cette loi, l'année suivante, le poste de stiftamtmaður est remplacé par celui de landshöfðingi aux pouvoirs accrus. Le rôle du landshöfðingi est si important qu'on désigne la période s'étendant de 1873, date de nomination de Hilmar Finsen à ce poste, à 1904, par le nom de Landshöfðingjatímabilið (« période des gouverneurs »).

En 1874, à l'occasion du millénaire de la colonisation de l'Islande, le roi accorde à l'Islande une constitution qui lui donne un statut d'autonomie, notamment en accordant un pouvoir législatif limité à l'Althing : c'est la fin de l'absolutisme danois en Islande.

6/ L'indépendance pour dans 25 ans

Le Danemark et l'Islande entament des négociations en 1917 qui aboutissent à la réunion d'une commission parlementaire dano-islandaise en juillet 1918 à Reykjavik afin de renégocier le statut de l'Islande. Cette commission propose un acte d'union permettant à l'Islande de devenir un État indépendant et souverain, mais qui resterait lié au Danemark dans le cadre d'une union personnelle. Après son approbation par un référendum en Islande le 19 octobre 1918 à une large majorité, l'Acte d'Union dano-islandais entre en vigueur le 1er décembre 1918, donnant naissance au royaume d'Islande. Le jeune royaume adopte une nouvelle constitution le 18 mai 1920.

7/ Acte final en pleine 2° guerre mondiale

En avril 1940, l'Allemagne nazie envahit le Danemark. L'Althing décide alors d'accorder au gouvernement islandais la gestion de la politique étrangère de l'île, domaine jusqu'alors réservé au gouvernement danois. Le gouvernement islandais ayant refusé de coopérer avec le Royaume-Uni — ce qui aurait impliqué que l'Islande abandonne sa neutralité — les forces armées britanniques envahissent l'Islande le 10 mai 1940. En 1941, après décision de l'Althing, Sveinn Björnsson devient régent du royaume et se voit attribuer les prérogatives normalement détenues par le roi.

L'Acte d'Union dano-islandais est censé expirer au bout de vingt-cinq ans si le Danemark et l'Islande ne s'accordent pas pour le renouveler. Cette échéance arrive à la fin de l'année 1943, alors que le Danemark est toujours occupé et se trouve donc dans l'impossibilité de renégocier le traité. L'Althing décide alors d'agir unilatéralement, malgré l'opposition de certains intellectuels et personnalités politiques islandais, et le choc ressenti par certains Danois. À la suite d'un référendum de quatre jours, les Islandais se prononcent à plus de 98 % pour la fin de l'union avec le Danemark et la constitution républicaine. Le 17 juin 1944, date anniversaire de la naissance de Jón Sigurðsson, la république d'Islande est proclamée à Þingvellir et Sveinn Björnsson en devient le premier président. Cet événement marque la fin de la lutte pour l'indépendance en Islande.

Le 17 juin est depuis célébré tous les ans comme fête nationale islandaise.


L'article ci-dessus est un résumé et est principalement issu de l’article de Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_indépendantiste_islandais. Merci à tous ses contributeurs.

Peut-on dégager une trame historique ?

L'histoire de l'indépendance islandaise comporte des éléments (patterns) qu'on retrouve pour beaucoup d'autres pays ayant accédé à l'indépendance :

Encore un petit pays qui ne peut qu'être félicité pour sa ténacité et son courage.

L'Islande possède d'autres caractéristiques politiques intéressantes, dont l'indépendance des municipalités, qui contraste tellement eg avec nos municipalités godillots françaises, dont 99% du travail consiste à implémenter les directives parisiennes sans queue ni tête sur le territoire local.
Nous y reviendrons probablement avec d'autres articles.


Sources pour cet article et liens additionnels

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