7 juin 1905 : indépendance de la Norvège

Le 7 juin est célébré en Norvège comme jour de l'indépendance.

7 juin 1905. La date est lointaine, ce n'est donc pas parce que cette indépendance est récente que j'ai choisi d'en parler.

C'est plutôt le contexte qui a mené à cette indépendance qui est intéressant, et de facto tout à fait d'actualité.

L'histoire de la Norvège est une histoire pas du tout paisible, faite de guerres, de pertes de territoires, d'unions et de désunions avec ses voisins danois et suédois.

(Cette histoire a d'ailleurs à voir avec certains moments absolument cruciaux de l'histoire de l'Europe, La Guerre_de_Trente_Ans, mais cela n'est pas l'objet du présent article).

Nous allons ici simplement nous contenter de zoomer sur les circonstances qui ont mené la Norvège dans les frontières qui sont les siennes actuellement.

L'union (forcée) avec la Suède

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À la fin des guerres napoléoniennes, Charles-Jean de Suède s'attaque au Danemark, forçant Frédéric VI de Danemark à signer le traité de Kiel (14 janvier 1814). Ce traité transfère le royaume de Norvège du Danemark à la Suède, à l'exception du Groenland, de l'Islande et des îles Féroé, qui sont laissées au Danemark. Cependant le gouverneur général de Norvège au nom du Danemark, Christian-Frédéric, proclame l'indépendance de la Norvège le 15 février. Il organise des élections qui aboutissent à la réunion, le 10 avril, d'une assemblée constituante à Eidsvoll. Cette assemblée de 112 délégués adopte le 17 mai la Constitution de Norvège, fortement inspirée de la Constitution française du 3 septembre 1791, le pouvoir législatif étant confié au Storting tandis que le roi se voit attribuer un veto suspensif. En revanche, le suffrage censitaire est assez large puisqu'il permet à 45 % de la population masculine en âge de voter de le faire.

Pour faire appliquer le traité de Kiel, le prince héritier de Suède tente d'obtenir l'abdication de Christian-Frédéric qui a été proclamé roi. Devant son refus, Charles-Jean de Suède engage des opérations militaires qui durent du 26 juillet au 14 août. Cependant, dès le 7 août commencent les pourparlers qui conduisent à la convention de Moss le 14 août. Cette convention prévoit l'abdication de Christian Frédéric et l'union des deux royaumes sous le même souverain. Toutefois, chaque royaume conserve son indépendance et la Constitution du 17 mai n'est pas remise en cause.

On le voit, il n'est nullement question d'une union d'égal à égal et de gré à gré.

Cette union forcée fonctionne tant bien que mal de 1814 à 1905.

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Séparation d'avec la Suède

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L'Union entre la Suède et la Norvège fonctionnait sans trop de mal mais les Norvégiens gardaient tout de même le sentiment d'être gouvernés par un roi étranger. Il y avait cependant eu des tensions en 1851, où la Suède avait engagé une guerre douanière envers la Norvège pour le sucre, ce qui avait entraîné la Norvège à des mesures de rétorsions, les unes et les autres signées par le même roi. Le sentiment d'appartenance nationale s'exprime aussi dans le développement du norvégien comme langue écrite, de plus en plus présent y compris en littérature. En fait, ce sont deux formes linguistiques qui se stabilisent au XIXe siècle : le landmål (nynorsk après 1929), inspiré de la langue parlée dialectale, promue par l'écrivain Ivar Aasen, et le riksmål (bokmål après 1929), normalisé par Knud Knudsen, davantage construit à partir du dano-norvégien écrit et qui s'emploie d'abord dans l'administration et par les élites31. Le norvégien est pleinement reconnu comme langue officielle et d'enseignement dans les années 1890.

La crise culmine dans la question des consulats. Les affaires étrangères restant gérées par la Suède, les deux pays avaient un réseau consulaire commun. Or, dans les années 1880, la Suède met en place une politique protectionniste qui n'arrange pas la Norvège qui dispose d'une flotte marchande importante. En 1892, le Storting adopte une résolution sur la constitution d'un réseau consulaire propre à la Norvège, mais Oscar II refuse de le sanctionner. La situation reste bloquée pendant trois ans et un comité mixte, convoqué en 1895, échoue à proposer une solution acceptée par les deux parties. La Suède envisage même une intervention militaire contre la Norvège. Le Storting retire alors sa résolution, au mécontentement de la population. Lancées en 1902, de nouvelles négociations semblent aboutir en 1903 avec l'accord sur le fait que chaque État ait ses propres consulats, mais la position suédoise se raidit l'année suivante, le gouvernement suédois souhaitant garder un droit de regard sur les consulats norvégiens.

La crise se dénoue durant l'année 1905. Le nouveau gouvernement norvégien de coalition fait adopter le 27 mai une loi portant la création de consulats norvégiens. Oscar II ayant mis son veto, le gouvernement démissionne, démission refusée par le roi au motif qu'il n'y a pas de majorité alternative. Le Storting déclare alors le 7 juin que le roi a cessé de régner car il est incapable de désigner un gouvernement. Comme en 1895, des préparatifs militaires sont engagés des deux côtés, mais une commission est également nommée pour trouver une solution. Une large majorité de la commission estime que la dissolution de l'Union peut être prononcée si le peuple norvégien l'approuve par référendum. Le scrutin se tient le 13 août et donne des résultats très nets avec 368 208 oui pour 184 non.

Cependant il faut encore de longues et difficiles discussions sur les modalités précises de la séparation, en particulier pour les clauses militaires (destruction des forts situés auprès des frontières). La fin de l'union est finalement proclamée le 26 octobre. Il restait encore à régler la question du régime car il existait en Norvège une tendance républicaine. Le prince pressenti, Charles de Danemark, n'accepte qu'à condition qu'un deuxième référendum, sur le maintien de la monarchie, soit organisé. Le 13 novembre, le peuple norvégien approuve à près de 79 % la monarchie et le nouveau prince est déclaré roi le 18 novembre sous le nom d'Haakon VII.

Parallèle(s) avec notre époque

Dans le cas de la séparation Norvège-Suède, la racine du problème est la mise en place, pour les 2 pays, d'une politique unilatéralement décidée par le pays le plus fort, et qui ne fait pas l'affaire du pays le plus faible.

Le parallèle avec notre EURSS actuelle est assez évident. Une politique globale, s'appliquant de force à tous (sous peine de sanctions brandies en permanence), mais décidée en réalité seulement par les états dominants et qui placent chaque année leurs propres fonctionnaires aux postes clés de la bureaucratie.

Cette politique n'a pas fonctionné en 1905 pour l'union Norvège-Suède qui n'étaient pourtant que deux petits pays.

La politique européenne actuelle qui tente d'imposer par la force des absurdités à plus d'une vingtaine de pays très divers, qui souffrent lourdement de ces absurdités, connaîtra probablement le même sort.
Les subventions (et leurs considérables détournements) extorquées aux uns ne compensent pas les pertes économiques infligées aux autres. Le Brexit n'est qu'un début.


Sources pour cet article

Le projet Liberstad

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