Reboisement en Islande et dans d'autres pays riches

Les pays riches sont les mieux équipés pour se préoccuper de l'environnement, prendre des mesures pour le protéger, et même régénérer ou recréer ce qui a été perdu.

10 juillet 2020, par Joakim Book

Lorsque la population d'un pays s'enrichit suffisamment, ses préférences changent. Une tendance bien établie veut que les pays riches se préoccupent davantage de l'environnement, s'efforcent de le protéger et même de régénérer ou de recréer ce qui a été perdu.

L'Islande, la nation insulaire de l'Atlantique Nord la plus connue pour ses Vikings, ses paysages enneigés de Game of Thrones et sa splendide faune, en est un bon exemple. Pendant des milliers d'années, jusqu'à 40% de cette île inhospitalière et majestueuse de la taille du Kentucky était couverte de forêts de bouleaux et de bois.

Les premiers colons vikings sont arrivés en Islande il y a environ 1150 ans, abattant des arbres pour le bois de chauffage, la construction navale, le pâturage des moutons et pour alimenter en combustible les forges de leurs forgerons. Selon le Musée d'Islande, vers l'an 1000 après J.-C., les forêts de bouleaux indigènes avaient pratiquement disparu.

Aujourd'hui, les forêts couvrent moins d'un demi pour cent de l'île. Cela représente environ 492 km2 sur une superficie de 103.000 km2, selon l'évaluation des ressources forestières mondiales des Nations Unies en 2015. Le service islandais des forêts, qui utilise une définition moins stricte, avance un chiffre de 1,9 %. Si l'herbe, les arbres et la mousse peuvent pousser et poussent effectivement dans le paysage subarctique venteux et rocheux, ils poussent lentement, même dans les basses terres d'Islande.

Cela dit, les forêts islandaises repoussent, et ce depuis un certain temps. Le service islandais des forêts affirme que le passage de la déforestation nette à la reforestation nette s'est produit à un moment donné entre 1950 et 1980 - à des niveaux de PIB par habitant à peu près équivalents à ceux du Brésil actuel.

C'est exactement ce que prédirait la courbe de Kuznets sur l'environnement. Au début, lorsqu'un pays passe d'une économie pauvre et agricole à une économie plus riche et plus industrialisée, son environnement en souffre. Lorsque le PIB par habitant avoisine les 5.500 dollars (en dollars américains de 2005), un tournant se produit généralement : les gens deviennent plus conscients de l'environnement et la nature commence à se rétablir.

Entre 1990 et 2015, la superficie forestière de l'Islande a augmenté à un taux composé de 5 % par an, soit un triplement de la superficie forestière de l'île. À certains endroits, les photos de forêts prises à 50 ans d'intervalle sont aussi étonnantes et impressionnantes que le retrait des glaciers est substantiel et effrayant. Environ un cinquième des forêts actuelles sont classées comme forêts naturellement régénérées, le reste étant planté sous une forme ou une autre.

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Pendant des décennies, le service forestier a financé les efforts de reboisement, et les forêts replantées sont maintenant un spectacle fréquent dans de nombreuses régions de l'île. Cela a été fait pour des raisons commerciales ainsi que pour protéger le sol contre l'érosion. Même après le choc de la crise financière en 2008, des millions d'arbres ont été plantés chaque année, et les efforts pour faire revivre les vieilles forêts et reboiser de nouvelles zones abondent.

Les efforts de reboisement autour de l'île comprennent la plantation de forêts dans des zones où elles peuvent protéger les villes et les villages contre les tempêtes de poussière émanant des couches de sol volcanique qui ne cessent de s'éroder. Les Islandais expérimentent même des espèces d'arbres non indigènes qui pourraient mieux faire face aux effets imprévisibles du changement climatique à l'avenir.

Même dans la région montagneuse de Thorsmark, le bouleau est de retour après de nombreux efforts du service forestier et des agriculteurs inquiets qui ont renoncé à leurs droits de pâturage pour les moutons. Certains des boisements comprennent des types d'arbres non indigènes, comme les épicéas plantées de façon irrégulière et ordonnée, et les pins qui sont visibles le long du périphérique islandais. Différentes espèces sont expérimentées, allant des bouleaux emblématiques et indigènes à d'autres espèces étrangères (par exemple, l'épicéa de Sitka, le pin tordu et le mélèze de Russie). Lentement, la flore islandaise fait un retour en force.

Il est intéressant de noter que les efforts de reboisement ont également reçu un coup de pouce inattendu : le changement climatique et le réchauffement de la planète. Avec des températures légèrement plus élevées et une concentration plus importante de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, les jeunes pousses des forêts tentaculaires d'Islande sont en plein essor. Le dioxyde de carbone est, après tout, un aliment pour les plantes et la plupart des endroits en Islande qui se prêtent à la reforestation disposent d'une abondance d'eau provenant de la pluie, de la neige et de l'eau de fonte des glaciers. Au cours des 40 dernières années, la limite des arbres s'est déplacée vers le haut des montagnes - jusqu'à 100 mètres dans certains endroits - permettant aux arbres de pousser dans des zones auparavant non disponibles pour le reboisement.

La déforestation de ce pays insulaire de l'Atlantique Nord, riche et vierge, est due en grande partie à la rage des Vikings, et non au fourneau de l'industrie moderne. Le résultat, cependant, a été le même : le paysage stérile et désolé qui accueille les visiteurs dans l'Islande actuelle, largement dépourvue d'arbres. Grâce à la richesse et à la persévérance des hommes, et même au réchauffement climatique, l'Islande peut redevenir une grande île boisée.

Joakim Book est un écrivain, un éditeur et un chercheur indépendant sur tout ce qui concerne l'argent et les marchés financiers.

Article original publié le 10 juillet 2020 sur humanprogress.org
Repris via autorisation

Traduction : Vincent Andres, pour libland.be.


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